Le 12 mars en librairie
Avec Rima Abdul-Malak & Forough Farrokhzâd, Adeline Baldacchino, Tom Buron, Hélène Dorion, Louise Glück, Atiq Rahimi, Jean-Pierre Siméon, Lucie Taïeb, Karine Tuil, Ocean Vuong...
Le 5 février 2026 à la librairie La Boîte à livres, à Tours. Rencontre avec Hervé Le Tellier et Olivia Gesbert.
Le 13 février 2026 au théâtre national de Bretagne à Rennes. Bord-plateau après le spectacle Israel & Mohamed, avec Mohamed El Khatib et Olivia Gesbert. En partenariat avec la librairie Le Failler.
Le 21 février 2026 à la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts : Les Bibliothèques imaginaires (1) : l’histoire vraie des bibliothèques avec Wajdi Mouawad et William Marx.
Chaque mois, une conversation passionnée avec des écrivains qui explorent les résonances entre passé et présent, fiction et réalité, littérature et société.
En partenariat avec la librairie Mollat.
ÉDITORIAL
Lisez le monde avec ceux qui l'écrivent !
Olivia Gesbert
Dans ses romans, Stefan Zweig dépeint l’âme humaine souvent chahutée, désorientée, par des émotions plus dangereuses qu’elles n’y paraissent : la pitié, l’admiration dans La confusion des sentiments ou encore la passion qui consume dans Lettre d’une inconnue et Amok, cet enfer « au fond duquel se tord, brûlé, mais éclairé par les flammes de l’abîme, l’être essentiel [1] », selon son ami Romain Rolland qui loue en lui « l’artiste-né », « celui qui existe pour créer : le poète, au sens goethéen ».
Mais Zweig était aussi un observateur inquiet du monde, curieux de l’Europe à venir. Figure de l’entre-deux guerres, l’écrivain autrichien a voulu croire, au lendemain de la Première Guerre mondiale, que du chaos jaillirait la lumière. En 1940, alors que le noir s’incruste dans l’époque, que les signaux de la tragédie se multiplient, il se demande comment ne pas se laisser abattre par cette nouvelle avalanche de violences, ce « drame mondial » qui se déroule sous ses yeux, comment ne pas tomber dans l’indifférence face à «l’excès de souffrance» que ces temps engendrent ? Quelle est « la meilleure façon d’être au service de son époque » ? La Nature dicte ses lois et « nous ne faisons qu’obéir à son ordre incontestable, lorsque, au lieu d’attacher notre regard aux ruines d’un monde qui s’écroule, nous essayons d’en construire un nouveau, qui soit meilleur que l’ancien », écrit-il alors, concentré sur sa tâche comme ces Pêcheurs du bord de Seine (1941), titre de la nouvelle dont est extraite cette pensée, qui nous a servi de boussole tout au long de la composition de ce numéro de printemps de La NRF. Merveilleusement traduit et présenté par Michel Magniez [2], le recueil Mondes nouveaux, que je vous invite à lire intégralement, est composé de trois textes peu connus de Stefan Zweig, unis par une même aspiration : voir advenir l’aube d’un jour nouveau.
Face aux récits des ingénieurs du chaos, la littérature n’a pas réponse à tout, mais sa force créatrice ouvre une brèche vers la lumière et nous rend plus humain. Illustré par Nicolas de Crécy, ce numéro « Dix poèmes pour un monde nouveau » est une invitation à chercher la clarté dans la nuit, à imaginer l’avenir sans détourner les yeux du réel.
À l’occasion du Printemps des poètes 2026, nous avons donc réuni dix auteurs francophones et étrangers dont la poésie, en prise avec la noirceur de l’époque, esquisse un chemin vers d’autres possibles. Du Liban, où elle vit actuellement, l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak nous fait découvrir la poésie émancipatrice de Forough Farrokhzâd, un cri de révolte repris par le mouvement Femme, vie, liberté en Iran.
« La nuit n’est plus un repos, mais un état du monde », constate le Prix Goncourt franco-afghan Atiq Rahimi. Dans un tel contexte, écoutez la voix du poète ! Il traduit les silences, nous rappelle l’autrice de Kaddish pour un amour, Karine Tuil. Il se souvient, comme l’Américain Ocean Vuong ; il observe, comme Lucie Taïeb, « un grand froid », « cette même nuit », « le jour de nouveau ». Le poète compose aussi avec la blessure du réel, comme le prouve la Québécoise Hélène Dorion, et rallume la flamme de l’espoir dans un hiver sans fin, avec Tom Buron, ou tend l’oreille aux murmures des ruines, à l’instar d’Adeline Baldacchino. Car, nous rappelle le poète Jean-Pierre Siméon, « même ce qui s’effondre côtoie le jour qui se lève». Enfin, laissez-vous happer par le souffle poétique de deux Prix Nobel de littérature, l’Américaine Louise Glück et le Norvégien Jon Fosse.
En « Ouvertures », trois figures du siècle dernier reviennent nous hanter : Fernando Pessoa, à travers l’hommage «en-chanté» que le traducteur et romancier Nicolas Richard consacre à l’écrivain intranquille.
Marguerite Duras, indémodable ! Pour les trente ans de la mort de l’autrice de L’Amant, l’écrivaine Joffrine Donnadieu nous invite à une traversée du Mékong et Laure Adler à une visite guidée dans le Musée Duras du metteur en scène Julien Gosselin, tandis que le dramaturge David Lescot nous emmène au théâtre dans le texte.
Enfin, Marilyn Monroe. À l’occasion de la rétrospective que la Cinémathèque française consacre ce printemps à la star hollywoodienne, pour le centenaire de sa naissance, l’autrice de Pour Britney, Louise Chennevière, a fixé son regard dans celui de cette autre « fille perdue » de l’histoire des arts.
Aimez-vous lire? Aujourd’hui, lui, oui. Tout avait pourtant mal commencé
pour Matthieu Mégevand. L’auteur suisse de Mon nom est personne,
variation autour de la figure du mythique poète portugais, qui paraît ce printemps, nous ouvre les portes de son « Atelier de lecture », peuplé de personnages et de mondes nouveaux, de ferveur et de croyance. Après avoir lu, beaucoup lu et relu, il tente désormais de répondre, en écrivant, à la grande question soulevée par son compatriote et écrivain adoré Nicolas Bouvier (où l’on repense à Zweig et à son interrogation « quelle est la
meilleure façon d’être au service de son époque?»): « Qu’est-ce que j’ai
au monde à foutre ici ? »
La Nouvelle Revue Française N°664 (mars 2026)
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Par Olivia Gesbert